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Lettre à l'Absence,
Je te reconnais, cavalière de mes nuits, je te reconnais sous la peau et sur les os.
Viens te loger plus près, bien plus près, non, viens, encore plus près.
Quel visage as-tu aujourd'hui? Montre moi et n'aies pas peur.
Il n'y a pas de temporalité dans ce monde sans histoire.
Laisse moi attraper ta main. Laisse moi te livrer les pensées d'anamorphose.
Je ne sais pas où tu es, ni quel est ton odeur, mais tu es là, et tu coules à l'intérieur.
Le sang est bleu sous la langue, sur les mains, et les jambes, le sang est bleu et c'est joli, regarde, les petites rivières.
Comme une pieuvre, une pieuvre gluante et humide qui viendrait glisser ses tentacules autour de toi, tout autour de ce corps que je ne connais pas.
Bleue.
Tu sais, c'est la nuit que je t'écris le plus.
Pensées sur fond rouge.
Je t'écris pour essayer de comprendre. Pourquoi me manques-tu autant, toi, l'Absente au mille visage?
Alors je te souris, joli mirage, je te souris et je m'endors dans la langueur de ton souffle sur ma joue.
Le lendemain commence la grande expédition, parcourir le corps et regarder si tu es venue me rendre visite dans la nuit. Bleus.Un, deux, trois, quatre, tu as tapé quatre coups et tu fais de moi ta douce fleur d'ecchymose.
Je suis piégée dans un amour sans coeur, un désir sans sexe et une tristesse sans âme.
Et c'est toi que j'attends.
Il faut que tu me donnes les réponses, offre moi ton âme, juste une fois.
Délivre moi de ce corps sans peau, redonne au paysage ses couleurs pour que je puisse m'étendre dans ce tendre enfer sans m'étouffer dans leur foutre sans mémoire. Habille moi de tous les vices dont tu me crois capable, fais moi disparaitre comme le dessin raté de mon visage d'enfant que tu gommes sans relâche, mange moi avec les doigts et sans sauce, rends moi amère dans les plaies et dans les paumes, fais de mon corps une oeuvre d'art, ton oeuvre d'art, sculpte moi à l'image de tes plus belles jouissances, et enfante moi avant que l'ombre n'engloutisse le soleil.
A pieds nus sur l'herbe morte, je commence à tourner, doucement, doucement, doucement, et puis très vite, ça tourne, tourne, tourne.Les enfants arrachent les ailes des insectes rouges, noirs,
verts; la pluie d'été vient caresser mon amour fou, fou mon amour; je gratte les croutes de la nuit et le sang se répand entre les cuisses. Bleu, bleu, bleu. Je tourne, tourne, tourne, les mots
embrassent tes lèvres folles, je tourne, tourne, tourne, de plus en plus vite. La violence des nausées se confond avec la puissance des vertiges, je vais tomber, très chère Absence, je vais
tomber bien bas, et je t'attends, viens me rattraper et je marcherai sur tes pas.
X.
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