Mardi 28 septembre 2010 2 28 /09 /Sep /2010 00:57

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A. : Comment est ta colère ?

 

 

Ma colère, A., elle transperce le ventre. Une grenade prête à exploser qui monte, monte, monte, et finit toujours par redescendre. Sans cesse. L'explosion qui me nargue. Les bêtes sauvages dévalent dans les feuilles mortes, elles chassent, elles croquent, et viennent déposer leurs charognes sous mes pieds. Ma colère, des cris de récréation par centaine dans le puit de ma tête. Je sais que tu les entends, toi aussi. Tire la sonnette d'alarme incendie, qu'on en finisse.

 

Ma colère se dissout dans le sang, et des mots surgissent par millier, ils s'entremêlent, se détachent, se cognent, s'usent, et s'abiment. Et je n'en comprends pas un seul. La colère étrangère.

 

Ma colère, tu sais, elle bouscule les passants, elle frappe dans les cailloux, et dévisage les enfants. Ma colère devient la colère Incompréhensible. Elle germe, fleurit et se fane en quelques secondes. Le corps qu'on ne maitrise plus, le corps que la violence affole. Ma colère est désinvolte, les gens fuient et les cheveux giflent le visage. La colère devient la Peur. La colère boucherait les artères de n'importe qui, sous mes mains qui n'en finissent plus de grandir. La colère empêche de respirer, de manger, de parler. Et la tête tourne.


                                            La colère devient une colère Amoureuse.


"Ca va Mademoiselle ?" Répondre avec les foudres du sang. "Pas la peine de nous aboyer dessus." Tu vois, ma colère est celle d'une chienne enragée. Je pourrais mordre, contaminer tous ces putains d'inconnus et me délecter de leurs folies nouvelles. Sans aucun remord. La bave explose, les babines sont pleine d'écume, et les crocs menacent. C'est le désir, c'est la folie, c'est la trahison, c'est la hantise qui attise la colère. Il faut me guérir de mes foudres. Il faut m'enlever le corps, il faut délivrer la bouche. Et je n'ai jamais su m'apprivoiser.

 

Les oiseaux se noient, les cailloux s'envolent, les chiens marchent à reculons, les clowns se suicident, les enfants décrépitent, les fleurs se déshabillent. Et moi, je reste là, sur ce banc à discuter avec ma jolie colère. Je contemple ce monde en riant trop fort, ce monde où je n'ai pas le temps pour moi. Est-ce que c'est un jeu ? Retour à la case départ, les dés sont jetés. Je ne veux plus de ces plaies qui grattent, qui s'infectent et qui purulent. Je veux qu'elle voit, qu'elle voit que les yeux sont morts et que l'Amour provoque la nausée.


Les nuages s'en mêlent. Bientôt la pluie dégoulinera sur mon visage, comme l'hémorragie que je n'arrive pas à déclencher. Alors, le monde s'agitera et tout deviendra vide. Tout sera mort pour de vrai. Le silence possédera les veines, avec ma colère en guise de parapluie. Le corps pâte à modeler. Rendez moi vivante, faites de moi ce que vous voulez. Quelque chose de vrai, quelque chose de beau. Et avalez moi. Gardez moi bien au chaud, loin des moisissures, loin des pourritures. Donnez moi une peau neuve.

                                                                                           Et brulez le reste.

Par Anna-Charlie
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