Partager l'article ! " C'est pas triste, mais qu'est ce que vous croyez ? C'est super gai.": C'est au milieu des gens que ...
C'est au milieu des gens que j'étouffe. Au milieu de leurs corps qui me rappellent dans quoi je me terre. Leurs yeux, leurs mains, leurs gestes. Je calque leurs mouvements sur ma peau pour éviter de m'occuper de mes membres. Je me regarde, une odeur inconnue. Le jour où je suis née, quelqu'un s'est trompé de corps. M'a dérobé ma chair au profit d'une carcasse étrangère. Et depuis c'est l'errance au milieu d'organes qui se fanent. Depuis, c'est le reflet que je me dessine dans les yeux des passants, reflet qui retourne les craintes de la petite fille. La bouche que je déforme, les yeux que je maquille, les joues qui se gonflent, dans le miroir. La grimace grivoise de l'enfant que je n'ai jamais été, que je n'ai jamais retrouvé. J'aimerai, un jour, sentir à nouveau l'éclat qui se distille en pépites de rires dans le regard. Mais. Anna-Charlie, petite fille de rouge à lèvres. Petite fille rêveuse, dans le coin de la pièce. Petite fille silencieuse qu'on oublie sur les aires d'autoroute. Petite fille qui se cache sous les sièges des voitures, juste pour voir si elle est vraiment invisible ou si c'est juste son manque de confiance qui la rend folle. Petite fille au souffle tiède, aux joues trop rouges. De honte. La honte du corps de l'homme qui s'approprie celui de l'enfant comme s'il s'agissait d'une nouvelle drogue à tester. Jusqu'aux dernières limites. Et pourtant.
F e r m e r les paupières, et se répéter. Tout b.a.s. Tout va bien, tout va bien.
Boire du sirop de fraise à la bouteille, ne pas s'arrêter, voir jusqu'où le corps supporte l'A.s.p.h.y.x.i.e. Les gouttes sucrées transpirent de mes lèvres, s'étalent sur mes joues et
rebondissent entre mes seins. Les gouttes de sang fruité qui me déchire l'âme. Je deviens collante. Rouge. Le corps, mon corps, son corps. Celui qui trahit mes blessures. Trop grande, trop
encombrante pour être dissimulée. Comme la carcasse que je trimbale chaque jour en bandoulière avec ma tristesse qui fatigue et ma perversion qui dérange. Les gestes ne correspondent pas. C'est
mettre des décolletés les jours où je suis fébrile. Les jours où je ne veux pas qu'on s'attarde sur mes yeux, parce que les yeux me trahissent, toujours. Le.regard.des.hommes. C'est réveiller l'Homme-Animal et enterrer le Petit-Garçon. Devenir, le temps d'un soupir, l'Invisible, l'Oubliée. Comme avant.
Je n'ai pas grandi, je n'ai pas muri, c'est juste le corps, c'est juste la masse qui s'élève. Trop haute. Aujourd'hui, je ne comprends pas le regard du monde sur moi. Sur mes épaules tellement
larges que toutes les âmes en chute se raccrochent à mes clavicules, comme à leur dernière branche de secours. Il n'y a qu'avec moi que les os craquent, que la branche cède. Qu'avec moi, et
mes putains de troubles que je n'arrive pas à supporter. M'infiltrer dans les tresses des jolies filles et respirer à nouveau. Replonger dans ce temps où les gens me marchaient dessus, où les
gens me bousculaient, où les gens ne me trouvaient pas dans la foule. Où je pouvais chanter, hurler, disparaitre pendant des heures, sans que personne ne s'en inquiète.
Oublier le Monstre que je suis devenue.
Ce n'est pas moi qui décide d'écrire. C'est la solitude qui appelle l'écriture. C'est l'écriture qui m'englobe et ne me laisse aucun répit. C'est le corps qui s'exalte, c'est le corps qui
s'exprime, c'est le corps qui dévaste. Il y a trop de mots dans ma tête, trop de silences enfermés. L'innondation se déverse sur la page blanche et je tache ma pureté. La pureté qui ne m'a jamais
réellement envoutée. Je ne sens plus les brûlures sur mes doigts, lorsque la cigarette se consume. Je ne sens que l'enfant en moi qui me supplie de me taire. De rester la petite fille naïve et
secrète de cours d'école. La fille qui écoute. De rester celle qui me détruit, celle qui trouble mes nuits.
Pour écrire.
E.n.c.o.r.e.
Et les cendres s'empilent sur ma bouche, les mégots s'accumulent dans le bleu de mes yeux. "Je ne reconnais plus ta voix." Ce sont les pourritures. La moisissure qui s'entasse dans la gorge et sous ma langue, à force de séquestrer mes troubles à l'intérieur. Mais il faut sourire. Continuer, et se dire que tout va bien. Et puis. Je ne suis pas malheureuse, vous savez, on est pas malheureux à vingt ans. Se rattacher aux filles pour réveiller l'existence, mon existence. Je me suis mise à aimer les filles, je jour où j'ai compris que les garçons ne me regardaient pas. Le jour où j'ai vu dans les yeux des Hommes que je n'étais pas comme les Autres filles. Trop grande. Trop large. Trop calme. Trop solitaire. Trop indécise. Le jour où j'ai su que j'étais la Fille sans âge. Les filles, c'est ma réponse à la solitude. Pour combler les vides entre mes reins et sous le coeur. C'est facile, les filles. Les filles, ça croit les jolies choses. Les filles ne sont pas dans le désir. Les filles oublient le corps. Alors, les filles sautent dans ma poche, les yeux fermés. Les filles, c'est la beauté de leurs peaux. Les baisers qui apaisent mes maux. Les filles, c'est une envie frivole, une passion d'adolescente. Il n'y a aucune crainte avec les filles, je connais le corps. Mais. C'est B. qui dit: "J'aime quand tu tombes amoureuse d'un garçon, ça te va bien d'aimer les garçons." Mais. Je.ne.tombe.jamais.sur.le.bon.numéro. Alors, maintenant.
J'attends. J'attends. J'attends.
Le garçon qui viendra me dire
de
ne
plus
avoir
p.e.u.r.
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