Tout redémarre, la partie recommence. Je (gué)ris. Je le déloge, en douceur. Amoureusement, je le laisse partir. L'empreinte de ses pas resteront sur mes doigts, mais elles arrêteront enfin de me
broyer le sexe. J'écouterai de jolies choses, je lécherai mon assiette en laissant des traces sur mon nez, j'arracherai mes photos, je ne mettrai plus de chaussures. Le torse nu face au reste du
monde. Je pisserai avec elle, et nous pisserons debout. Comme des hommes en cherchant l'équilibre. Même que nous boirons du Yop, encore. Il faudrait passer une journée toute les deux, avec la
moustache de Bianca en guise de parapluie. On irait sur le carrousel, on chanterait "Le coup de soleil", on sera ringarde mais on sera belles. Et toutes ces putains de choses, je les aimerai pour
moi, rien que pour moi. Je serai seule, enfin.
J'ai rêvé de Tania. C'était une fille désirable. Elle dansait sur de la vieille Folk, dans un bar miteux. Tout ralentissait, et tout s'illuminait au rythme de ses coups de hanches. Une jolie pute.
Une pute que j'embrassais sans pudeur, devant tout les hommes que nos seins faisaient durcir. Ca l'excitait, elle les touchait pendant que sa langue crachait son poison au fond de ma gorge. Son
parfum. Celui de ma jeunesse, de mes vacances. Un mélange de monoï et de framboise. Les fugues dans la nuit, les alcools interdits. Les premières cigarettes. Les bains de minuit, les criquets qui
s'époumonent. Les sculptures de sable par tonton C. Le poulet/frite de ma grand-mère. Les méduses, les poissons et les cailloux. L'équilibre et les concours de pirouette dans l'eau. Le masque et le
tuba qui déforme le visage. Les histoires d'horreur de ma cousine, derrière le paravent. La vase sur les pieds. La pêche, le matin, à 7H. J'avais mon propre filet, j'étais grande, mais je n'osais
pas toucher les crabes. L'odeur des crevettes dans la marmite. Notre pêche, la première fierté. La blessure du petit frère. Les courses jusqu'au poste de secours, en roller, à pieds, en
trottinette. Un carreau sur deux : T'es fort. Un carreau sur trois : T'es un super héros. C'est F, et notre drôle d'amour. F avait 30 ans, il était seul, toujours. J'avais 10 ans. On était
amoureux, mais c'était un secret, on s'était promis de s'épouser lorsque j'aurai 20 ans. Ce n'était pas malsain, il était drôle, et me protéger des chiens. La bague qu'il m'avait donné, je la mets
dans mes cheveux, parfois. Le goût des glaces à la cassis sur mes lèvres. Ses "tu es belle", alors que personne ne me voyait. Notre cachette, et l'odeur de son appartement. Les jeux de cartes. Sa
façon de me coiffer, doucement, mèche par mèche "Ca va, je ne te fais pas mal ?". Il me portait, et me tenait pour ne pas que je tombe de son zodiaque. Ma mère ne l'aimait pas. Elle n'aime pas les
solitaires, ma mère. C'est peut être dangereux. On a sauvé un enfant, ensemble un jour, on était dans "Nord Eclair". Notre photo de mariage. "Tu m'oublieras pas, plus tard, hein, tu m'oublieras pas
?" On se tenait la main, comme des grands. Mon père m'a interdit de le revoir. Je ne sais pas où il est aujourd'hui. Ni ce qu'il a fait durant ces 10 années. Mon oncle m'a dit qu'il était mort. Ma
cousine, elle, croit qu'il est en Inde. Je suis sûre qu'il me sourit, de là où il est. Ce parfum, c'est aussi la chambre fermée de ma cousine. Et nos découvertes sexuelles. Toute ma perversité
explosait dans ces moments là. C'est la bergerie, et les culottes de Maryse. C'est le rire de B. Les promenades à vélo avec Vincent. Les courses dans la forêt, la nuit, avec Delphine, c'était un
jeu qui me faisait peur. L'odeur de Tania, c'est tout ça à la fois. Je la jette, dans les bras des fauves. Ils jouissent tous, dans un cri incontrôlé. Ses yeux me guettent, mais je m'évanouis. Et
si plus rien ne comptait ?