Samedi 6 juin 2009




Je suis la fille du vide. Un prénom qu'on chuchote sous les draps. Un prénom qui ne s'appelle pas. Je cherche, au creux de mon cadavre désarticulé, un souffle, un cri, un songe. Je cherche ce qui me manque. Mais rien ne sort, si ce n'est l'odeur d'un optimisme exacerbé. Se regarder dans les yeux et n'y voir que l'ombre furtive de vos peurs dans la nuit. Je n'aime ni les vieux, ni les enfants, les deux points de non-retours qui saccadent le néant, ils sont effrayants.
Je vomis le corps des hommes. Et dénigre celui des femmes.
Je vous méprise, tous. J'ai 19 ans, et je baise avec le Diable.

J'ai compris aujourd'hui que la chute commençait. Je l'ai toujours su, à vrai dire. Un vertige insaisissable dont l'origine reste inavouable. On sait juste les coups de ciseaux dans le ventre. Les plaies dans la cuisse. L'asphyxie dans le coeur. Le trouble, ce renouveau. Je n'attends rien de tout ça, c'est ce qui rend les choses sans fin.
Je ne veux pas le sexe. Je ne suis pas dans le désir, vu que je n'ai qu'un corps meurtri. J'ai déjà la morsure dans le cou, et le souffle sur le ventre. Tout est différent cette fois, je le sens. On vole.
Un secret enfoui que nos yeux trahissent.
C'est Nicolas qui dit : "Tes yeux.. Qu'est-ce qu'ils cachent?"  Je cache l'âme. L'âme qui terrorise. L'âme perverse et violente. On ne peut pas dire le sang, et le ventre qui s'ouvre, lentement. J'ai peur de moi. L'assassine. Je suis capable de tout. Je cache S. et toute la fureur qu'elle m'inspire. La gorge qui pleure lorsqu'elle me regarde. Je sais les cris dans ses rires, les larmes dans sa voix, et les séquelles dans ses mains. Je sais tout ça. J'hurle avec elle, en silence.
Elle, c'est le mystère. Un joli mystère qu'il ne faut pas découvrir, pas tout de suite. C'est une beauté douce, parfaite. C'est les mains dans la peinture, lorsque je saute dans la boue. C'est sa voix, une caresse. C'est tellement de choses, inexprimables. J'ai peur, peur de me noyer dans une illusion que je serai la seule à voir. Peur des mots qui séduisent auxquels elle ne croirait pas. C'est les yeux des hommes sur son corps, je pisse sur leur désir qui ne rime à rien. Je me surprends à haïr profondément, tout ceux qui effleurent son âme. Tout ceux qui la saisissent, un peu. Tout ceux qu'elle trouve beaux. 
Nous ne sommes pas tristes. Nous ne sommes pas folles. Nous sommes ailleurs, et tout paraît étrangement normal, là où nous respirons. Les hommes sont beaux, ici. Et la nuit inspire. En apesanteur. Ici, il faut brûler le corps, et séquestrer le vide. Ici, tout est plus fort. Plus profond.

Un, deux, trois. Un, deux, trois.

Alors, il faut rêver. Ou s'effondrer.

Par Anna-Charlie
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Samedi 6 juin 2009

La nuit m'appelle, et engouffre tout.

Les raclures de mon être se débattent au fin fond de mon cortex. Les tourments de l'absurde réalité ne me laisseront jamais vaine. J'hurle mon aliénation délirante aux organes pétris de ma rage. Mais seules la honte et la lassitude compatissent. Les sexes se mélangent, s'entrelacent, et se maudissent. Plus rien ne compte. Tout frémit sous le poids de la chasteté. Dieu me méprise. Ma névrose lui sourit. Il suffirait pourtant d'un souffle. D'un cri. D'un coup. D'un corps.Un corps délivré de tout ces déchets pestilentiels. Un corps soulagé de toute conscience.
Un corps pur.

 La nuit m'appelle, et n'engouffre rien. 

Délivre moi. Déteste moi. Dévore moi.

Dévore la, cette chaire pourrie et rongée par tes silences.
Puisque tout se meut. Puisque tout s'essouffle.
Je rampe inlassablement sous tes absences.
Je crache mon haleine vide sur tes organes désarticulés.
Je gerbe ma rage assoiffée de tes promesses indélébiles.
Je m'amuse de ma déchéance dévergondée que rien n'atteint. Si ce n'est les hurlements dérisoires de ton sourire figé. Muet.

Mais, agrippe toi, arrache la, cette main que je te tends et qui bouillonne.
Le poids de tes sournoiseries mesquines piétinent mon orgeuil nauséabond.

Tout est troublé. Depuis toi.

Tu me tues, bravo.

Par Anna-Charlie
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Lundi 1 juin 2009


Tout redémarre, la partie recommence. Je (gué)ris. Je le déloge, en douceur. Amoureusement, je le laisse partir. L'empreinte de ses pas resteront sur mes doigts, mais elles arrêteront enfin de me broyer le sexe. J'écouterai de jolies choses, je lécherai mon assiette en laissant des traces sur mon nez, j'arracherai mes photos, je ne mettrai plus de chaussures. Le torse nu face au reste du monde. Je pisserai avec elle, et nous pisserons debout. Comme des hommes en cherchant l'équilibre. Même que nous boirons du Yop, encore. Il faudrait passer une journée toute les deux, avec la moustache de Bianca en guise de parapluie. On irait sur le carrousel, on chanterait "Le coup de soleil", on sera ringarde mais on sera belles. Et toutes ces putains de choses, je les aimerai pour moi, rien que pour moi. Je serai seule, enfin.

J'ai rêvé de Tania. C'était une fille désirable. Elle dansait sur de la vieille Folk, dans un bar miteux. Tout ralentissait, et tout s'illuminait au rythme de ses coups de hanches. Une jolie pute. Une pute que j'embrassais sans pudeur, devant tout les hommes que nos seins faisaient durcir. Ca l'excitait, elle les touchait pendant que sa langue crachait son poison au fond de ma gorge. Son parfum. Celui de ma jeunesse, de mes vacances. Un mélange de monoï et de framboise. Les fugues dans la nuit, les alcools interdits. Les premières cigarettes. Les bains de minuit, les criquets qui s'époumonent. Les sculptures de sable par tonton C. Le poulet/frite de ma grand-mère. Les méduses, les poissons et les cailloux. L'équilibre et les concours de pirouette dans l'eau. Le masque et le tuba qui déforme le visage. Les histoires d'horreur de ma cousine, derrière le paravent. La vase sur les pieds. La pêche, le matin, à 7H. J'avais mon propre filet, j'étais grande, mais je n'osais pas toucher les crabes. L'odeur des crevettes dans la marmite. Notre pêche, la première fierté. La blessure du petit frère. Les courses jusqu'au poste de secours, en roller, à pieds, en trottinette. Un carreau sur deux : T'es fort. Un carreau sur trois : T'es un super héros. C'est F, et notre drôle d'amour. F avait 30 ans, il était seul, toujours. J'avais 10 ans. On était amoureux, mais c'était un secret, on s'était promis de s'épouser lorsque j'aurai 20 ans. Ce n'était pas malsain, il était drôle, et me protéger des chiens. La bague qu'il m'avait donné, je la mets dans mes cheveux, parfois. Le goût des glaces à la cassis sur mes lèvres. Ses "tu es belle", alors que personne ne me voyait. Notre cachette, et l'odeur de son appartement. Les jeux de cartes. Sa façon de me coiffer, doucement, mèche par mèche "Ca va, je ne te fais pas mal ?". Il me portait, et me tenait pour ne pas que je tombe de son zodiaque. Ma mère ne l'aimait pas. Elle n'aime pas les solitaires, ma mère. C'est peut être dangereux. On a sauvé un enfant, ensemble un jour, on était dans "Nord Eclair". Notre photo de mariage. "Tu m'oublieras pas, plus tard, hein, tu m'oublieras pas ?" On se tenait la main, comme des grands. Mon père m'a interdit de le revoir. Je ne sais pas où il est aujourd'hui. Ni ce qu'il a fait durant ces 10 années. Mon oncle m'a dit qu'il était mort. Ma cousine, elle, croit qu'il est en Inde. Je suis sûre qu'il me sourit, de là où il est. Ce parfum, c'est aussi la chambre fermée de ma cousine. Et nos découvertes sexuelles. Toute ma perversité explosait dans ces moments là. C'est la bergerie, et les culottes de Maryse. C'est le rire de B. Les promenades à vélo avec Vincent. Les courses dans la forêt, la nuit, avec Delphine, c'était un jeu qui me faisait peur. L'odeur de Tania, c'est tout ça à la fois. Je la jette, dans les bras des fauves. Ils jouissent tous, dans un cri incontrôlé. Ses yeux me guettent, mais je m'évanouis. Et si plus rien ne comptait ?





Par Anna-Charlie
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Jeudi 28 mai 2009


La tristesse des grands soirs. Un tourment qui nous vacille entre les côtes. La fenêtre ouverte. Tout est calme, même les oiseaux sont morts. Il reste la chouette qui effraie, la Reine des nuits. Le crépitement de la cigarette qui se consume. Le souffle nuageux regorgé d'amertume. La culpabilité, pourquoi ne m'a-t-elle rien dit ? Pourquoi tout avouer maintenant. "Regarde, regarde comme j'ai souffert." Elle ne m'en veut pas, mais elle se tue un peu plus tous les soirs. Un an de sa vie endormie à cause de moi et de ma putain d'indifférence. Si elle m'avait dit tout ça plus tôt ? Les pleurs, les regards dissimulés, les noyades du petit matin, les vomissements de jalousie. Je n'aurai rien changé, tout au plus esquissé un léger sourire dans le frémissement de ses ongles. Je ne voyais que lui et ses mains chaudes sur mes seins. Lui, l'homme. Le venin, à perpétuité. Condamnée à haïr les chiens et leur sexe rougit de désir impulsif. Il me ronge encore aujourd'hui tu sais ? Et toi, toi dans tes excès de violence, tu me demandais de te parler de ses yeux, putain. Je te disais tout. Comme j'aurai pu mourir dans ses bras, sans retenu. Et tu consolais, quand ça n'allait pas. Mais tu brûlais à l'intérieur. Tu voulais me tuer, tu te rends compte ? Tu voulais nous tuer. Je repense à tes yeux noirs et à tes joues roses. Tu étais belle, pourtant. Je ne veux pas de toi, je ne voudrai jamais de toi, D. Et tu pleures encore en me disant tout ça, ce soir. Qu'est ce que je dois faire, putain, qu'est ce que je dois faire. Aide moi. Fuis moi, je ne mérite rien. Je ne sais pas aimer, je ne sais même plus comment ça fonctionne. Je ne l'ai jamais su. L'amour est un grand bordel, sur le manège de la trahison. Je l'aimais d'un amour puissant, et il m'attendait le sexe dur il m'aimait en bandant au creux de mes reins. Je ne t'ai jamais vu, c'était impossible. Les hommes sont des porcs, tu sais. Les femmes également, mais des truies compatissantes. C'est pire, peut-être ? Ne m'embrasse pas, pitié. Va t'en. Je ne veux plus te revoir. Ne m'écris plus. Garde tout. Je ne rends pas les gens heureux, je les détruis à petit feu. Parce que je ne sais rien faire d'autre, je suis un brouillon souviens-toi. Ton ventre, et mes doigts qui se baladaient. Tu jouissais, et tu ne disais rien, tu serrais les paupières. On riait, mais je ne savais pas. L'amour est un sentiment qui ne se partage pas. Je ne peux tomber amoureuse que de ceux qui me méprisent tendrement. C'est pathologique. Tu ne me connais pas, tu ne pouvais pas m'aimer, ça n'existe pas les gens amoureux de moi. Tu as du te tromper, dis moi, hurle moi que ce n'est pas vrai. Tes courbes se dessinent sous tes maux, et je plonge dans l'absence. Viens dans mon bain, écoute, mon coeur ne bat pas sous l'eau, il se noie dans tes larmes fades. Vis, bordel, loin de moi. Je te quitte, pour toujours. Nous étions amies, que sommes-nous à présent ? Un souvenir piétiné.


Par Anna-Charlie
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Vendredi 15 mai 2009


C'est elle, et ses pleurs dans la nuit. Ses craintes que rien ne console. Comment faire, comment lui dire ? J'aimerai qu'elle vienne se lover, là, entre mes côtes. Avaler ses larmes poussiéreuses et rire avec elle. Mais cette distance, putain. Je les hais, tous. Tout ceux qui ternissent son visage. Elle ne sait plus ce qu'elle est, rendez-vous compte! Il faudra tout reconstruire, pas à pas, tout doucement, sous la peau. Ce n'était pas un jeu, pas pour elle. Elle aurait pu se tuer pour son autre, vraiment. Même sous un train, elle s'en fichait. Pourquoi tout doit toujours se finir. La fin? Qu'est ce que c'est au juste? Un tourbillon qui n'apaise rien. Pourtant, tout lui pèse, vous savez, tout, même le silence. Même ses murs blancs qui la guettent. Même eux, regardez comme ils la dénigrent, ils la méprisent en criant. Elle y a cru, il ne faut pas croire, jamais. L'amour n'est qu'une euphorie périssable. Un drôle de tourment, qui chatouille le ventre avant de nous faire gerber. Elle voudrait arracher sa peau, pour que les maux puissent s'envoler. Il faudrait plus que ça, tu sais, il faudrait plus que ça. Te boucher le nez.. Te dévorer les yeux, elle n'est pas jolie, je t'assure. Te mordre la bouche,  et te coudre les oreilles. Tu penseras à moi, je ferai le singe, pour toi. Je dirai des blagues pas drôle, je tomberai de ma chaise. Ou même, je me mettrai toute nue. Si tu veux, aussi, je peux aller dire des méchancetés aux passants. Je veux bien marcher dans la merde, du pied gauche seulement. Ou du droit, oui d'accord. J'oserai même hurler des phrases perverses dans les églises. Aller manger dans l'assiette d'un riche homme d'affaire au restaurant. Je pourrai même voler tes bonbons préférés. Je deviendrai belle, si tu veux, et je te ferai danser, comme dans les films. Hé ! Même qu'on irait se baigner dans la piscine de Mme Bardot. (On tuera un de ses chiens, aussi. Ou, Mieux! On le kidnappera et on aurait une grosse rançon, oui oui !). J'veux bien chanter des chansons ringardes avec un vieux pantalon, c'est celles que je préfère toute façon. Souviens-toi, on était jeunes, on était belles. On osait tout, et on s'en fichait. Tu me promets que tu me souriras encore ? Juste un peu, pour toi. "Au bout du téléphone, il y a votre voix." Je t'aime, putain.



Par Anna-Charlie
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Le délice amoureux.

 
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